Sous l’impulsion de Boris Brault, le groupe BOW ouvre un nouveau chapitre pour l’une des marques emblématiques du design français. Forte d’un parcours déjà solide et reconnu, Lexon a vu son identité s’élargir et son potentiel pleinement déployé. Six ans après son intégration au groupe, elle s’impose plus que jamais comme un éditeur d’objets d’émotion, où innovation, culture et art de vivre à la française trouvent un terrain d’expression commun — jusqu’à une collaboration inédite avec Jeff Koons, symbole de cette montée en puissance.

Quand Boris Brault reprend Lexon en 2018, la maison fondée en 1991 par René Adda dispose déjà d’un répertoire solide : un design universel, fonctionnel et accessible, reconnu bien au-delà de ses frontières. Mais pour le nouvel acquéreur, l’enjeu dépasse la simple continuité. « Elle avait une âme, une histoire, et surtout une formidable opportunité de se réinventer », confie-t-il lors de notre entretien. La trajectoire s’esquisse alors avec évidence : faire évoluer Lexon du design fonctionnel vers un design émotionnel, du produit utile vers l’objet de désir — sans jamais s’éloigner de son ADN. Dans cette dynamique, Lexon change d’échelle. En cinq ans, la maison signe une centaine de nouveaux produits, revisite ses icônes avec exigence et élève encore son niveau de qualité. Le réveil « Flip » en est l’illustration : exit les piles alcalines, remplacées par une batterie rechargeable ; une coque allégée ; des matériaux repensés, privilégiant l’ABS et l’aluminium recyclés. L’objectif n’est pas d’étendre sans fin le catalogue, mais de concevoir des objets compagnons, pensés pour accompagner chaque moment — « du matin au soir, du bureau au voyage » — avec une signature simple, universelle et élégante. « Notre mission, c’est le Design for Emotion », souligne celui qui est devenu le gardien du temple.

La stratégie du nouveau dirigeant s’articule autour de quatre piliers qui se répondent et structurent l’élan actuel de la marque. Héritage fondateur, le cadeau d’affaires reste un terrain d’expression privilégié, où la personnalisation transforme chaque objet en ambassadeur silencieux. Le digital prolonge cette dynamique : vente directe, cohérence tarifaire, visibilité maîtrisée au sein des plateformes. Parallèlement, l’univers de l’hospitality s’affirme, déployant chargeurs, enceintes et solutions d’éclairage dans les chambres d’hôtel et les espaces de restauration. Enfin, le pilier culture et collaborations ouvre Lexon à un champ d’expression plus large : dialogues avec des artistes, projets spéciaux, éditions limitées. Autant d’initiatives qui placent la marque à l’intersection du design, du lifestyle et de l’art contemporain, enrichissant ses objets d’une dimension narrative et sensible.
Ce tournant trouve son origine dans une expérience fondatrice : le rachat, en 2021, de Musart par le groupe BOW, suivi d’un premier drop réalisé avec l’artiste français Invader autour de « 3D Little Big Space ». Orchestré sous la forme d’un événement 100 % digital en partenariat avec l’artiste, il a vu s’écouler 5 000 pièces numérotées en moins de trois heures. La démonstration est faite que lorsqu’un objet porte une histoire, une signature et une émotion, il devient naturellement collectionnable. Dans ce prolongement, Lexon — sœur de Musart — commence à tracer des passerelles entre art et design, entre mini-enceinte pour Yves Saint Laurent, une réinterprétation de la radio « Tykho » pour Zara Home, puis Pantone, qui lui confie ses couleurs emblématiques.
Lexon x Jeff Koons : la genèse d’une collaboration événement

Dans cette dynamique, Lexon se prend à rêver plus grand. L’idée d’une collaboration avec un artiste américain s’impose progressivement, comme une manière d’ouvrir son catalogue à un horizon plus vaste. Très vite, un nom émerge : Jeff Koons. L’artiste, rare et très sollicité, incarne à la fois une modernité joyeuse, une iconographie universelle et un statut singulier dans l’art contemporain. Convaincu de la pertinence du rapprochement entre Lexon et l’œuvre de Koons, Boris Brault s’investit personnellement pour rendre cette collaboration possible. Il engage un travail de longue haleine pour atteindre l’artiste, ouvrir un dialogue crédible et l’entraîner dans ce projet ambitieux. Installé depuis plusieurs années aux États-Unis, il trouve finalement l’opportunité décisive : c’est à Los Angeles, par l’intermédiaire de l’un des directeurs du musée The Broad, où trône l’original du « Balloon Dog », qu’il parvient à entrer en relation avec Koons. Le musée, séduit par la démarche et profondément engagé dans l’aventure, bénéficiera d’ailleurs d’une exclusivité de vente durant les premières semaines du lancement, consacrant la dimension culturelle exceptionnelle de cette collaboration.
L’intention est de revisiter l’une des pièces les plus iconiques de l’artiste en y insufflant le savoir-faire technologique de la marque — maîtrise de la lumière, exigence acoustique, expertise des objets audio haut de gamme — afin de transformer ce symbole majeur de l’art contemporain en une expérience du quotidien, sans jamais trahir l’esprit de l’œuvre originale. Cette ambition prend forme dans une pièce lumineuse et sonore, fidèle au « Balloon Dog » au millimètre près, mais portée par une innovation méticuleusement dissimulée. Plus de 50 000 heures de R&D et une trentaine d’ingénieurs électroniques et mécaniques ont été mobilisés pour intégrer batteries, moteurs et capteurs sans altérer la pureté des lignes : les batteries logées dans les oreilles, les mécanismes dissimulés dans les pattes, les capteurs intégrés dans les pieds. Le tout est enveloppé dans une coque transparente qui révèle la technologie tout en la sublimant, offrant une nouvelle lecture de l’œuvre — entre hommage, prouesse et design d’usage.
De ce travail naissent deux objets complémentaires : le « Balloon Dog Speaker » et le « Balloon Dog Lamp ». Le premier est une enceinte à diffusion à 360°, conçue pour offrir un son ample et immersif grâce à une architecture interne mêlant haut-parleurs actifs et transducteurs passifs, avec la possibilité d’apparier deux pièces pour décupler l’effet stéréo. Le second est une lampe d’ambiance, dotée de plusieurs centaines de sources lumineuses intégrées, capable de proposer un large nuancier de couleurs et d’effets, et de synchroniser un ensemble de pièces entre elles pour composer une scénographie lumineuse cohérente. Tous deux partagent les mêmes proportions sculpturales — 28 cm de hauteur pour environ 900 grammes — et sont pensés pour une utilisation quotidienne, à la croisée de l’objet d’art, du design fonctionnel et de l’expérience sensible.
L’art d’une expansion qui rayonne sans s’égarer
Le rayonnement de Lexon confirme l’élan des dernières années : 80 % du chiffre d’affaires est désormais réalisé à l’export — contre un équilibre 50/50 avant le rachat — avec une présence dans 90 pays, 9 000 points de vente et des volumes avoisinant 1,5 million d’objets par an. Les créations de la marque se retrouvent aussi bien dans les boutiques des musées — du Louvre au MoMA — que dans les plus beaux department stores internationaux. Cette visibilité s’accompagne d’une reconnaissance accrue : Lexon est aujourd’hui la marque française la plus primée aux Red Dot Awards, cumulant 29 distinctions depuis son acquisition, soit 36 au total et plus de 250 prix de design internationaux.

Cette montée en puissance ne s’effectue pas au détriment des engagements responsables. Packaging 100 % recyclable, suppression du plastique superflu, matériaux recyclés et recours prioritaire au transport maritime : la durabilité irrigue la conception comme l’expérience. « Offrir une qualité irréprochable à un prix juste, créer du beau utile et durable : pour nous, le good design, c’est le luxe du quotidien », souligne Boris Brault.
Sur le terrain du commerce de détail, l’ambition est de renforcer les corners et shop-in-shop pour proposer des assortiments complets dans une scénographie cohérente. L’expérience menée aux Galeries Lafayette fait aujourd’hui référence, tout comme la nouvelle implantation chez Globus en Suisse. La marque investit dans le mobilier et dans des dispositifs visuels dédiés, afin de traduire l’unité de ses huit catégories — réveils, enceintes, lampes, charge, accessoires de travail, nomade, voyage/bagagerie et objets du quotidien — pensées de manière transversale par les designers. D’autres familles sont déjà en préparation pour 2026-2028, notamment autour du care/beauty et du bien-être.
Pour autant, la marque ne souhaite pas se couper de ses partenaires de toujours : les commerçants indépendants, avec qui elle a écrit une grande partie de son histoire en rendant populaire des objets de design accessibles. Si Lexon propose aujourd’hui des pièces d’exception — de la « Balloon Dog Lamp » à 750 € TTC aux collections sous licence, avec des figures majeures comme Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat — elle veille à préserver dans ses collections une offre à moins de 100 euros. Une manière d’honorer le lien fondateur avec le commerce de détail, tout en maintenant l’équilibre entre désirabilité, accessibilité et montée en gamme.

Un autre levier de développement réside dans l’articulation fine entre e-commerce et commerce de détail. Loin de les opposer, Lexon les pense comme deux moteurs complémentaires : l’online nourrit le capital de marque, amplifie la notoriété et crée un désir qui se prolonge naturellement en boutique. Cette dynamique digitale — drops, waiting lists, communication événementielle — renforce la visibilité des produits et soutient leurs performances en magasin. Partout où la marque est présente, les références connaissent une rotation soutenue, preuve d’une attractivité forte et immédiate.
Cette approche s’inscrit dans un esprit de continuité et de transmission. La relation avec René Adda, fondateur de Lexon, demeure un repère : préserver l’ADN tout en accompagnant l’élévation de la marque. « Je crois qu’il est fier de voir Lexon grandir sans avoir trahi sa mission d’origine : porter le beau accessible », confie le dirigeant. Dans cette logique, l’e-commerce n’est pas une vitrine parallèle mais un vecteur d’émotion qui irrigue l’ensemble de l’écosystème, du site aux boutiques physiques. Une manière pour Lexon de cultiver ce qu’elle appelle le e-Wonder : un commerce émotionnel où chaque étape compte, du désir à l’achat, du déballage à l’usage.
Source : Home Fashion News Janv26


















































