À l’occasion de la dernière édition du salon Esprit Meuble, l’Ameublement français a dressé un constat sans appel : la déferlante de produits non conformes venus sur les grandes plateformes menace la sécurité des consommateurs, fragilise la filière et accentue une concurrence déjà profondément déséquilibrée. Une alerte lancée avec force, chiffres et tests à l’appui.


L’industrie française du meuble traverse une période critique. Si 37 % des meubles vendus en France sont encore produits localement, cette part ne cesse de se réduire sous l’effet d’importations massives, principalement en provenance de Chine. La tendance s’accélère : un quart des Français a acheté du mobilier ou de la décoration sur Temu en un an, et les petits colis importés pourraient atteindre 6 milliards en Europe dès 2025. Cette dynamique ouvre grand la porte aux produits non conformes, difficiles à contrôler et proposés à des prix imbattables. Les tests menés par le FCBA révèlent l’ampleur du problème : jusqu’à 95 % de non-conformité selon les échantillons, avec des risques pour la sécurité des enfants, des compositions mensongères, des durées de vie nettement inférieures aux standards français et des contrefaçons flagrantes de modèles iconiques. Cette accumulation de risques — sécurité, falsification, impact environnemental, fraude fiscale, imitation — dessine un paysage où le consommateur n’est ni suffisamment informé ni suffisamment protégé. Dans le même temps, les plateformes multiplient les vendeurs tiers hors de tout contrôle, alors que les industriels français restent soumis à des obligations strictes. Cette asymétrie nourrit une concurrence déloyale.
Une fast déco directement inspirée de la fast fashion : produits jetables, collections qui s’enchaînent, baisse de qualité. Les constats établis par Zero Waste France, Les Amis de la Terre et les ressourceries se retrouvent dans les dernières données de l’Ademe. Les fabricants peinent à sensibiliser un consommateur attiré par les petits prix, d’où la nécessité de renforcer la pédagogie, d’apporter des repères concrets et d’adapter le discours au grand public. Le phénomène dépasse largement la France. Plusieurs pays européens et nord-américains affrontent les mêmes tensions, tandis que les industriels chinois bénéficient de soutiens structurels qui accentuent les déséquilibres. L’Ameublement français plaide pour une réponse coordonnée au niveau européen : contrôles renforcés, responsabilisation accrue des marketplaces, meilleure traçabilité des vendeurs hors UE et diffusion systématique des résultats des tests. L’objectif est clair : rétablir une équité minimale dans un marché où production et emplois ont été divisés par deux en un quart de siècle, et où des produits dangereux circulent sans entrave.
Les cinq caractéristiques, souvent cumulées, des meubles hors-la-loi
Les investigations de l’Ameublement français et les tests du FCBA montrent que l’ameublement fait face à la même concurrence déloyale que la mode, les cosmétiques ou l’électronique. La visite très médiatique du ministre Serge Papin à Roissy en novembre 2025 — 200 000 colis Shein en une nuit, dont 80 % non conformes selon les Douanes — illustre l’ampleur du phénomène. Avec entre 7 000 et 50 000 nouvelles références en ligne chaque jour, le contrôle a posteriori devient impossible. La non-conformité se manifeste d’abord par des risques de sécurité : pincements, étouffement, strangulation pour des articles destinés aux enfants, ou encore dépassement des seuils chimiques autorisés. Elle prend aussi la forme de tromperies sur la composition, avec des produits aux allégations mensongères et de fausses certifications (FSC, Oeko-Tex…). L’impact environnemental constitue un troisième axe majeur, avec des produits cassés dès les premiers tests ou dont la durée de vie est huit fois inférieure à celle d’un meuble fabriqué en France. S’y ajoute une fraude fiscale massive : éco-contribution et TVA non appliquées, désavantageant lourdement les fabricants français. Enfin, la contrefaçon prospère, comme en témoignent les copies du canapé « Togo », tolérées par certaines plateformes dont les propres porte-parole reconnaissent les pratiques.
Quand la loi n’est plus la même pour tous
Pour la filière, l’enjeu tient en un mot : l’équité. Les entreprises demandent uniquement que la loi s’applique à tous. « Nous pouvons résister à beaucoup de choses, mais pas à une loi qui ne serait pas la même pour tous », rappelle Arnaud Wisse, président de l’Ameublement français. L’écart entre les obligations imposées aux industriels français et l’absence de contrôles des vendeurs tiers crée une situation intenable : certaines ETI ont subi plus de dix contrôles en 2024, quand la DGCCRF n’a prélevé que 250 produits sur les marketplaces. Dix contre zéro : l’inégalité saute aux yeux. Cette distorsion renforce la fast déco, décrite dès 2024 par Zero Waste France, Les Amis de la Terre et les ressourceries. L’Ademe confirme une accélération portée par des produits jetables, souvent non conformes. Dans ce contexte, la survie du made in France devient un enjeu majeur : en vingt-cinq ans, production et emplois ont été divisés par deux, tandis que les importations ont été multipliées par 2,8 et les importations chinoises par 21. Plus de 20 % des meubles finis entrant en France sont désormais d’origine chinoise. Une réalité qui menace directement la valeur économique créée sur le territoire.
Les propositions de la filière pour stopper la déferlante
Face à une situation devenue critique, l’Ameublement français avance plusieurs leviers destinés à restaurer un cadre de concurrence équitable. La première priorité consiste à intensifier les enquêtes de la DGCCRF sur les produits importés et à orienter les contrôles vers les vendeurs tiers hors UE, considérés comme les principaux foyers de non-conformité. La filière souhaite aussi engager une collaboration directe avec l’administration afin d’accélérer le repérage et le traitement des produits frauduleux. Cette volonté de fermeté se prolonge avec la demande de déréférencer Shein et Temu, deux plateformes dont les dérives répétées illustrent l’ampleur du problème. Une étude de l’UFC-Que Choisir portant sur les jouets destinés aux jeunes enfants a révélé qu’un seul article sur cinquante-quatre respectait les normes européennes. Ce constat alarmant ne se limite pas au jouet et touche désormais la mode, la beauté, l’électronique et bien sûr le meuble. La filière appelle également à un renforcement du contrôle douanier et à l’instauration de droits de douane sur les envois de faible valeur. Le PLF 2026 ouvre une première voie, mais l’efficacité de la mesure dépendra de l’harmonisation européenne. Les ministres des Finances examinent l’hypothèse de supprimer l’exonération sur les colis de moins de 150 euros d’ici 2028. Pour l’Ameublement français, cette évolution doit intervenir dès 2026 afin de prévenir toute stratégie de contournement. Un dernier axe concerne la responsabilité des acteurs établis hors UE. La filière demande que chaque vendeur extra-européen dispose d’un mandataire dans l’Union, ce qui faciliterait les poursuites en cas d’infraction. Elle souhaite également que les marketplaces assument pleinement la responsabilité des manquements commis par leurs vendeurs tiers, dans le cadre de la révision du DSA. Seules des sanctions réellement dissuasives pourront assainir durablement un marché aujourd’hui largement dérégulé.

L’enjeu est d’autant plus crucial que l’ameublement constitue une filière majeure de l’économie française. Le secteur rassemble 15 000 entreprises, représente 60 000 emplois et génère 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 14 milliards pour le marché de la maison. Près de 37 % des meubles vendus en France sont encore fabriqués sur le territoire, preuve d’une industrie créative et résiliente, par ailleurs engagée dans une démarche environnementale forte avec 96 % des déchets d’ameublement valorisés. Au cœur de cet écosystème, l’Ameublement français joue un rôle structurant. Organisation professionnelle représentant les acteurs de la fabrication et de l’aménagement des espaces de vie, elle accompagne 380 adhérents dans leur développement national et international, soutient l’innovation et les savoir-faire, et agit pour une filière vertueuse et durable. Avec le soutien du CODIFAB, elle met à disposition des ressources, initie des actions collectives et se mobilise sur les terrains politique, économique et social pour défendre la compétitivité et l’excellence industrielle française.
Attention aux amalgames
Les pratiques de plateformes telles qu’AliExpress, Shein ou Temu, qui opèrent comme places de marché et qui sont combattues par l’Ameublement français, sont également dénoncées par certaines marques françaises, qui font fabriquer leurs produits en Asie. Celles-ci conçoivent leurs collections en France et font fabriquer tout ou partie de leur mobilier et de leurs objets de décoration auprès de partenaires industriels rigoureusement sélectionnés en Chine et en Asie du Sud-Est, selon un cahier des charges précis et exigeant. Engagées dans des démarches strictes de conformité, de contrôle et de respect des règles fiscales, ces marques se mobilisent, à l’instar des fabricants français, contre l’entrée sur le marché français de produits non conformes ou distribués hors du cadre réglementaire.
Source : Home Fashion News Janv 2026






















































